Quelle sanction pour les adolescents qui ont mis la police sens dessus dessous ?

Des adolescents ont déclenché une opération de police en prétendant qu’il y avait un risque d’attentats. Il s’agissait en fait d’un canular qui a été démasqué et les coupables ont finalement reconnu leur faute. Il sont mis en examen et vont être sanctionnés pour leurs actes. Nous ne nous intéresserons pas ici aux mécanismes juridique et politique qui ne sont pas de notre ressort, mais à deux questions psycho-éducatives. Quelle punition faut-il infliger à ces jeunes pour leur acte répréhensible ? Qu’est-ce qui n’a pas été fait dans leur éducation pour qu’ils commettent un tel délit, vraisemblablement sans en avoir évalué la portée ?

Ceci nous amène à une double question qui a déjà été posée lors du débat sur la fessée : faut-il punir les enfants ? La punition fait-elle partie intégrante de l’éducation ? Ou faut-il comme Michel Foucault, affirmer « qu’il y a honte à punir » ? Je prendrai une position paradoxale, ce qui n’est pas étonnant pour un psychologue, surtout adepte des méthodes systémiques. Non, il ne faut pas punir les enfants. Oui, la punition fait partie intégrante de l’éducation. Elle fait partie de notre vie à tous, y compris adultes. Nous sommes punis lorsque nous garons notre véhicule sur un stationnement interdit, lorsque nous ne payons pas nos impôts à temps ou lorsque nous n’avons pas assez travaillé la préparation d’un examen. Certes, la peur de la majoration et d’éventuelles amendes n’est pas la seule raison qui nous fait payer notre contribution fiscale, mais serions nous aussi prompt à le faire si l’inspection des impôts affichait qu’elle ne punira pas les contrevenants, et si toutes les personnes qui nous entourent ne s’en acquittaient pas ? Nous considérons qu’un ministre qui a fraudé le fisc et menti à l’assemblée nationale doit être puni, comme doit l’être celui qui vole une voiture ou contrevient à la loi d’une façon ou d’une autre. Pourquoi ce qui est courant dans la vie d’adulte ne devrait-il pas faire partie de l’éducation, qui est, entre autre, un apprentissage à la vie d’adulte ? Il est donc nécessaire que la punition fasse parti de l’éducation d’un enfant.

Alors, pourquoi affirmer qu’il ne faut pas punir les enfants ? Parce que c’est l’existence de la punition et la crainte qu’elle inspire qui est éducatif, pas l’application de cette punition. Punir est donc l’aveu d’un échec, celui de ne pas avoir su convaincre celui qui est puni qu’il n’aurait pas du commettre l’acte répréhensible. Mais il faut pourtant appliquer cette punition, comme on applique un pansement sur la plaie d’un enfant qui s’est blessé, tout en regrettant de ne pas avoir su lui enseigner suffisamment la prudence. L’idéal est donc que l’occurrence possible de la punition soit suffisante pour être dissuasive et qu’elle ne soit jamais appliquée. Bien entendu, la punition, tout comme la récompense, ne sauraient être les seules méthodes éducatives ; ce serait du dressage et non de l’éducation. Au contraire, elles ne sont que marginales dans le processus éducatif, majoritairement appuyé sur d’autres ressorts plus puissants : intelligence, affection, dialogue,…

Pour en revenir à nos ados, il y a donc eu erreur éducative puisqu’on n’a pas su leur apprendre qu’il ne faut pas faire ce qu’ils ont fait. La perception de la punition qui serait appliquée à cette action aurait sans doute été dissuasive, mais pas forcément suffisante pour l’empêcher. Mais ce serait une autre erreur de ne pas appliquer une punition sous prétexte que l’on n’a pas su intervenir avant. L’échec du préventif ne dispense pas d’appliquer un traitement curatif, comme dans la maladie. Qui est responsable de cet échec ? A des degrés divers, tous ceux qui ont eu un rôle éducatif auprès de ces jeunes, y compris la société elle-même. Chacun le jugera en son âme et conscience, et appliquera la sanction qu’il juge adaptée.

Il n’y a pas de honte à punir, mais un regret, voire un remord, de n’avoir pas su faire autrement.